Comment travaille la police scientifique ?

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Comment travaille la police scientifique ?

Message  sephora le Sam 5 Fév - 4:59

Depuis plusieurs années, les policiers ont changé de visage à la télévision. Oubliés les inspecteurs aux méthodes musclées ou les duos de flics à la gâchette facile : aujourd'hui les forces de l'ordre portent des blouses blanches et travaillent dans des laboratoires. Et les "Experts" ne sont pas seulement des personnages de fiction. En France, la police scientifique et les gendarmes de l'IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale) utilisent aussi les méthodes les plus avancées pour débusquer les coupables.
Voici comment travaillent ces policiers du 21ème siècle...

Les experts sont sur le terrain :
A la télévision, nos experts font souvent tout à la fois : le téléphone sonne, ils se rendent sur les lieux sur crimes, font des prélèvements, rentrent au labo, et donnent leurs premières conclusions. Et puis bien sûr, à la fin, trouvent le coupable... Dans la réalité, la police scientifique est beaucoup plus structurée et le partage des tâches est de mise. Le travail d'enquête et celui d'analyse est bien distinct, et le policier scientifique ne formule que très rarement des hypothèses : son rôle est de faire "parler les indices" et de donner ses résultats. Par contre, il peut effectivement être amené à se rendre sur les lieux de l'enquête, selon sa spécialité. Un balisticien ou un spécialiste des empreintes aura effectivement plus d'utilité sur les lieux d'un crime qu'un biologiste ou un ingénieur.

Un matériel à la pointe de la technologie :
Il est vrai que les gendarmes de l'IRCGN n'ont pas encore les mêmes locaux que les Experts Manhattan, avec triples écrans tactiles et distributeurs de donuts, mais tout de même, nos policiers scientifiques travaillent avec du matériel de pointe. Et qui dit haute technologie, dit jargon difficile à comprendre pour le néophyte : scanner 3D, laser, radar géodésique et autre station de dessoudage occupent les laboratoires de la police. Et depuis que les séries télévisées ont révélé un grand nombre de leurs techniques d'investigation, la vraie police scientifique préfère garder le silence sur leurs dernières technologies, pour avoir toujours un train d'avance sur les criminels.

Des CV impressionnants :
Pour se servir d'un scanner 3D ou d'un radar géodésique, il faut un certain savoir-faire. Les policiers de l'IRCGN ont tous un solide bagage scientifique : généticiens, ingénieurs, biologistes... On est ici bien loin du mythe du gendarme moustachu ! Certaines écoles se sont même spécialisées dans la formation de policiers scientifiques, comme l'école des sciences criminelles de l'université de Lausanne ou les facultés de Paris 5, 2 et Poitiers. Les experts n'ont pas volé leur surnom...

Un travail d’équipe :
Les séries télé font la part belle aux individualités : Horatio Caine, Gil Grissom, Mac Taylor... Mais dans la réalité, les héros forment avant tout une équipe, dans laquelle chaque rouage tient un rôle essentiel. Et ici quand on parle d'équipe, on ne parle pas des cinq ou six personnages secondaires qui travaillent avec Horatio Caine, mais bien des 250 personnes qui constituent le personnel de l'IRCGN ! Bien sûr, tout cela est très structuré, et la plupart des experts travaillent par petits groupes, néanmoins la chaîne prélèvements-analyses-résultats impliquent parfois plusieurs dizaines de personnes. Les experts sont aussi en contact direct avec les enquêteurs, mais n'interviennent pas eux-mêmes dans le travail d'enquête.

Combien de temps pour résoudre une affaire ? :
Dans la fiction, un épisode dure généralement moins d'une heure, alors les choses doivent aller vite. Un prélèvement d'ADN par exemple, donne des résultats quasi-immédiats à Miami ou Las Vegas, quand dans la réalité, c'est autrement plus long : plusieurs heures, voire plusieurs jours ou plusieurs mois dans certains cas. Chaque type d'analyse à ses spécificités : certaines sont traitées très rapidement (empreintes digitales, toxicologie...), d'autres, comme l'étude d'un squelette ou le décryptage de données informatiques codées peuvent s'avérer fastidieuses. À titre d'exemple, il faut parfois jusqu'à trois mois pour recouper un échantillon d'empreintes avec celles de plusieurs millions d'individus.

Les experts, insensibles à l’horreur des crimes :
Le prisme de la science aide à prendre de la distance avec la dure réalité des crimes, c'est un fait. Lorsque les experts travaillent sur un détail, comme c'est souvent le cas (cheveux, sang...), la prise de distance avec la victime elle-même se fait assez naturellement. Par contre, lorsqu'ils se déplacent sur les scènes de crime, les scientifiques doivent souvent affronter la violence des faits, même si la méticulosité de leur travail leur permet de "faire le vide" autour d'eux. C'est pourquoi des cellules psychologiques sont mises à la disposition des policiers et gendarmes pour les affaires particulièrement délicates.

Ces techniques qui restent du domaine de la fiction :
Fiction oblige, certaines techniques utilisées par les experts des séries télé font encore partie du fantasme pour les véritables policiers scientifiques. Dans la fiction, un portrait robot introduit dans une base de données peut vous donner en quelques secondes l'identité du suspect, ce qui n'est pas le cas dans la réalité. De même, comme on l'a vu précédemment, le délai de résultat peut s'étirer sur plusieurs mois, alors que la durée d'un épisode (ou même la moitié !) est souvent suffisante pour nos experts de Miami ou Las Vegas.

Quand les experts se trompent :
Même si la science est exacte, parfois les experts se trompent. Ces erreurs sont souvent dues à des fautes humaines : mauvaise manipulation, précipitation dans le prélèvement ou dans l'analyse... Certains vont même jusqu'à remettre en cause les fondements de la police scientifique, comme les empreintes digitales par exemple. En 2006, pour les besoins d'une étude, on a demandé à six experts d'analyser des empreintes, sans leur préciser que c'était la deuxième fois qu'ils examinaient ces mêmes empreintes : deux d'entre eux sont parvenus aux mêmes conclusions que celles qu'ils avaient précédemment formulées...
De même, cette même étude a démontré que 2/3 des Américains avaient les mêmes caractéristiques sanguines, ce qui remettrait en question bon nombre de certitudes. Parfois aussi, ce sont des criminels particulièrement malins qui se jouent de la police scientifique. Par exemple, laisser sur les lieux du crime un mégot comportant l'empreinte génétique d'un autre individu peut entraîner les enquêteurs sur une fausse piste d'ADN.

L’affaire Dickinson : les premiers pas des experts :
En 1996, l'utilisation de l'ADN dans les enquêtes policières en est encore à ses balbutiements. Lorsqu'une jeune Anglaise de 13 ans, Caroline Dickinson, est retrouvée morte dans une auberge de jeunesse de Bretagne, les gendarmes relèvent des traces de sperme sur les lieux du crime. Un premier suspect est arrêté, Patrice Padé, routard tatoué au profil de coupable idéal. Après une garde à vue musclée, l'homme avoue le viol et le meurtre de Caroline. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais le juge Van Ruymbeke décide de comparer les ADN : Patrice Padé est innocenté et relâché immédiatement. Finalement, c'est un Espagnol de 51 ans, emprisonné en Floride pour des faits similaires qui sera reconnu coupable du crime, sur la base des concordances formelles d'ADN.

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